{"id":386,"date":"2026-06-18T20:42:51","date_gmt":"2026-06-18T18:42:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.liberacite.com\/?page_id=386"},"modified":"2026-06-18T20:42:51","modified_gmt":"2026-06-18T18:42:51","slug":"etats-nations-souverainetes-et-identites","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.liberacite.com\/index.php\/etats-nations-souverainetes-et-identites\/","title":{"rendered":"\u00c9tats, Nations, souverainet\u00e9s et identit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">18 juin 2026<br>(extrait du livre \u00ab\u00a0Lib\u00e9racit\u00e9\u00a0\u00bb. Ce passage a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 2020 et l\u00e9g\u00e8rement adapt\u00e9 avant publication).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019engouement pour les explorations au\u00a0xix<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle a ray\u00e9 des cartes les derni\u00e8res\u00a0<em>terrae incognitae<\/em>. Les satellites ont d\u00e9finitivement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le moindre m\u00e8tre carr\u00e9 de la surface de notre plan\u00e8te. Elle est maintenant non seulement cartographi\u00e9e dans son enti\u00e8ret\u00e9, mais a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e entre environ deux cents pays, leurs fronti\u00e8res la morcelant en un puzzle g\u00e9ant. Bien qu\u2019il subsiste encore quelques litiges territoriaux, les Nations Unies ont ent\u00e9rin\u00e9 une fois pour toutes ce d\u00e9coupage, pour le moins tant que ses membres s\u2019y conforment. Le respect mutuel de la souverainet\u00e9, de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 territoriale et de l&rsquo;ind\u00e9pendance politique des \u00c9tats constitue le fondement de cette d\u00e9claration de bonnes intentions. Jamais dans l\u2019histoire, la notion d\u2019\u00c9tat souverain, d\u00e9limit\u00e9 avant tout par son territoire, n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi forte et globalement reconnue. Elle prime dans l\u2019esprit des l\u00e9galistes celle de Nation, d\u00e9finie quant \u00e0 elle par son peuple. Et ce, malgr\u00e9 le double fait ind\u00e9niable que certaines fronti\u00e8res s\u00e9parent en deux des peuples qui partagent la m\u00eame langue, la m\u00eame culture et l\u2019envie de vivre ensemble sous la m\u00eame banni\u00e8re et que d\u2019autres r\u00e9unissent des communaut\u00e9s qui n\u2019ont pas grand-chose en commun. Ce sont les Nations Unies qui ont \u00e9t\u00e9 le fer de lance de cette <strong>pr\u00e9pond\u00e9rance des \u00c9tats sur les Nations<\/strong>. Notons au passage l\u2019ironie du nom.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, l\u2019intention \u00e9tait bonne. Le pr\u00e9ambule de la Charte d\u00e9bute en toute beaut\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Nous, peuples des Nations Unies\u00a0\u00bb. Le d\u00e9cor est pos\u00e9. Il devrait s\u2019agir de nous, les gens, organis\u00e9s en communaut\u00e9s se revendiquant en tant que peuple, et pas de pays. L\u2019article 1 continue dans la m\u00eame voie\u00a0: \u00ab\u00a0le respect du principe de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de droits des peuples et de leur droit \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames\u00a0\u00bb. Mais l\u2019Article 2 vient tout g\u00e2cher\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;Organisation est fond\u00e9e sur le principe de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 souveraine de tous ses Membres [les \u00c9tats comme pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 l\u2019Article 3, qui] s&rsquo;abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir \u00e0 la menace ou \u00e0 l&#8217;emploi de la force, soit contre l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou l&rsquo;ind\u00e9pendance politique de tout \u00c9tat, soit de toute autre mani\u00e8re incompatible avec les buts des Nations Unies\u00a0\u00bb. La tentative de paix mondiale s\u2019appuie sur le droit du sol. L\u2019\u00c9tat constitue l\u2019unit\u00e9 de base du pouvoir sur un territoire donn\u00e9 et sur lequel s\u2019exerce sa pleine souverainet\u00e9, car reconnue comme telle par les autres. Il en est le propri\u00e9taire moral et le gestionnaire, et donc en position factuelle de d\u00e9cider pour les peuples qui y habitent. En voulant \u00e0 tout prix \u00e9viter que les deux grandes guerres du\u00a0xx<sup>e<\/sup>si\u00e8cle ne se r\u00e9p\u00e8tent en imposant l\u2019intangibilit\u00e9 des fronti\u00e8res, les gouvernements qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de cette institution ont fait passer l\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00c9tats avant celui des peuples. Cette constatation ne constitue en aucune sorte un appel \u00e0 une quelconque th\u00e9orie du complot contre eux. En tant que repr\u00e9sentants l\u00e9gitimes des \u00c9tats, ils se devaient d\u2019embrasser leur point de vue et de fonder un nouvel ordre mondial bas\u00e9 sur ceux-ci. Il serait d\u2019ailleurs bien difficile d\u2019imaginer une autre construction. Mais cette r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas sans cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par les hasards de l\u2019histoire, certains peuples ont vu leur population r\u00e9partie de part et d\u2019autre de fronti\u00e8res arbitrairement d\u00e9finies. D\u2019autres se sont retrouv\u00e9s englob\u00e9s dans un pays o\u00f9 par le jeu de la d\u00e9mographie ils ne forment qu\u2019une minorit\u00e9 marginalis\u00e9e, voire brim\u00e9e et priv\u00e9e de ses droits par un gouvernement qui ne sert que les int\u00e9r\u00eats de la majorit\u00e9. Les migrations de masse ou individuelles multiples qui se sont accentu\u00e9es ces derni\u00e8res d\u00e9cennies renforcent ce brassage. L\u2019institutionnalisation de la primaut\u00e9 des \u00c9tats sur les Nations criminalise toute volont\u00e9 de ces peuples minoritaires de se constituer en Nations et de revendiquer leur autonomie ou un territoire. Le sort r\u00e9serv\u00e9 aux Kurdes et aux Rohingyas est cruellement d\u2019actualit\u00e9. Est-il vraiment n\u00e9cessaire de mentionner le funeste destin des Indiens d\u2019Am\u00e9rique ou des aborig\u00e8nes pour d\u00e9finitivement comprendre que les \u00c9tats ne se soucient gu\u00e8re du droit des peuples qui les composent \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames\u00a0? Leur souverainet\u00e9 ne peut vraiment s\u2019exercer m\u00e9caniquement d\u00e8s lors que s\u2019op\u00e8re la juxtaposition parfaite entre une Nation unique et l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de son pays, ce qui n\u2019existe qu\u2019en th\u00e9orie. Quel pays peut-il en effet pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 parfaite de sa population\u00a0? En voulant \u00e0 tout prix justifier la mainmise de l\u2019\u00c9tat sur son territoire par une hypoth\u00e9tique homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ethnique ou culturelle, les d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00c9tat-nation font fi de la r\u00e9elle diversit\u00e9 de sa population.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019identit\u00e9 r\u00e9gionale est pour beaucoup plus forte que le sentiment national, comme pour de nombreux Basques, Corses, Flamands, Catalans, Qu\u00e9b\u00e9cois, Texans, Bamil\u00e9k\u00e9s ou Tutsis, pour n\u2019en citer que quelques-uns. Les\u00a0<em>nationalistes<\/em>\u00a0refusent de voir la pluralit\u00e9 des modes de vie et des convictions, notamment religieuses, mais \u00e9galement politiques, culturelles et philosophiques. Qu\u2019est-ce qu\u2019un Fran\u00e7ais de pure souche\u00a0? Un agriculteur ou un Parisien\u00a0? Un ouvrier ou un bourgeois\u00a0? Un chr\u00e9tien rigoriste ou un fanatique de la la\u00efcit\u00e9\u00a0? Les personnes qui se d\u00e9finissent d\u2019abord par leur religion, leur couleur de peau, les liens du sang ou leur h\u00e9ritage culturel peuvent \u00e9galement se sentir en d\u00e9calage avec ces notions d\u2019appartenance \u00e0 un \u00c9tat, surtout lorsqu\u2019elles consid\u00e8rent que les r\u00e8gles sociales dict\u00e9es par leur communaut\u00e9 priment le droit. En pratique, <strong>l\u2019\u00c9tat-nation est un leurre, un mythe romantique et sanglant<\/strong>. Ernest Renan avait d\u00e9j\u00e0 brillamment expliqu\u00e9 que \u00ab\u00a0la race, la langue, les int\u00e9r\u00eats, l&rsquo;affinit\u00e9 religieuse, la g\u00e9ographie, les n\u00e9cessit\u00e9s militaires\u00a0\u00bb ne suffisent pas \u00e0 cr\u00e9er une Nation. Il d\u00e9fend pourtant le concept en le red\u00e9finissant comme \u00ab\u00a0un principe spirituel, r\u00e9sultant des complications profondes de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. Il conclut qu\u2019\u00ab\u00a0avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voil\u00e0 la condition essentielle pour \u00eatre un peuple\u00a0\u00bb, ainsi form\u00e9 par la combinaison de \u00ab\u00a0la possession en commun d&rsquo;un riche legs de souvenirs\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0le d\u00e9sir de vivre ensemble\u00a0\u00bb. En d\u2019autres termes, une conscience morale collective de ceux qui partagent une histoire commune. Mais laquelle\u00a0? Devrait-on en France perp\u00e9tuer le mythe du roman national de\u00a0<em>nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0<\/em>? Parle-t-on de la France des rois ou de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, de Vichy et de P\u00e9tain ou de la r\u00e9sistance et de Charles de Gaulle\u00a0? Il est de nos jours des Fran\u00e7ais qui se revendiquent les h\u00e9ritiers d\u2019une certaine tradition, que d\u2019autres ex\u00e8crent, et vice-versa. L\u2019histoire est une auberge espagnole. Je ne pense pas qu\u2019on puisse ind\u00e9finiment f\u00e9d\u00e9rer une population autour d\u2019une \u00e9pop\u00e9e unique pour la sublimer en une Nation stable et perp\u00e9tuelle. Les guerres civiles, notamment celle d\u2019Espagne et la Guerre de S\u00e9cession aux \u00c9tats-Unis, montrent combien les avis peuvent diverger et s\u2019opposer au sein d\u2019un m\u00eame peuple. Ces deux pays y ont pourtant surv\u00e9cu et leurs citoyens se r\u00e9unissent \u00e0 nouveau sous une seule banni\u00e8re, mais sont-ce encore des Nations\u00a0? On peut en douter au vu des vell\u00e9it\u00e9s ind\u00e9pendantistes des Catalans et des affrontements r\u00e9guliers entre communaut\u00e9s raciales au pays de l\u2019oncle Sam. L\u2019histoire \u00e9volue au cours d\u2019elle-m\u00eame, ainsi que le prisme sous lequel chacun et chacune l\u2019appr\u00e9hende. Les \u00e9v\u00e9nements fondateurs et les r\u00e9f\u00e9rences historiques sont remplac\u00e9s par de nouveaux, allant parfois jusqu\u2019\u00e0 remettre en cause ce que le peuple pense de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout bien consid\u00e9r\u00e9, <strong>un \u00c9tat se r\u00e9duit peut-\u00eatre tout simplement \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire constatation que des gens partagent le m\u00eame territoire et qu\u2019une autorit\u00e9 l\u2019a pris en charge et y organise et dirige la vie en commun<\/strong>. Un groupe h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne forc\u00e9 \u00e0 cohabiter \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de fronti\u00e8res arbitraires, puisque ni la couleur de peau, ni la langue, ni la religion, ni la culture, ni l\u2019histoire ne peuvent servir \u00e0 le d\u00e9finir de mani\u00e8re coh\u00e9rente. Beaucoup s\u2019accordent, par exemple, sur le caract\u00e8re artificiel de l\u2019existence de la Belgique en tant que construction historique initialement tol\u00e9r\u00e9e par ses voisins, car constituant une sorte de zone franche bien utilement loufoque entre nations belliqueuses et qui maintenant ressemble plut\u00f4t \u00e0 un patchwork communautaire o\u00f9 chaque pi\u00e8ce tente de tirer \u00e0 elle la couverture. Il en va cependant de m\u00eame pour n\u2019importe quel autre pays. Les fronti\u00e8res de la France, de l\u2019Allemagne ou du Royaume-Uni ne sont pas plus historiquement l\u00e9gitimes. Elles ne r\u00e9sultent pas non plus de la volont\u00e9 et du choix des femmes et des hommes qui y habitent, mais de victoires et de d\u00e9faites militaires ou d\u2019arrangements politiques et financiers entre puissants gouvernants, et dans un pass\u00e9 pas si lointain de strat\u00e9giques mariages de la noblesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00c9tats sont des cr\u00e9ations humaines, soit. Leurs fronti\u00e8res sont artificielles, soit. Cela ne les rend pas moins l\u00e9gitimes aux yeux de la loi et \u00e0 ceux de Francis Fukuyama (voir le chapitre 13 de son livre&nbsp;<em>Identity<\/em>). Tout autre d\u00e9coupage du globe n\u2019en serait pas moins \u00e9galement un produit de l\u2019inventivit\u00e9 humaine. Pourrait-on donc, comme solution ultime de paix, en construire un nouveau qui satisferait tout le monde&nbsp;? Redessiner ici ou l\u00e0 quelques bouts de fronti\u00e8res permettrait bien s\u00fbr de r\u00e9soudre quelques absurdit\u00e9s \u00e9videntes. Mais la plupart des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la territorialit\u00e9 demeurent g\u00e9ographiquement et d\u00e9mographiquement inextricables, \u00e0 moins de d\u00e9placer des populations enti\u00e8res contre leur gr\u00e9. Combien devront encore incendier leur maison et d\u00e9finitivement quitter le sol o\u00f9 ils sont n\u00e9s, comme cela s\u2019est r\u00e9cemment d\u00e9roul\u00e9 dans le Haut-Karabakh&nbsp;? Quelles que puissent \u00eatre les fronti\u00e8res, m\u00eame en les d\u00e9finissant village par village, quartier par quartier, on aurait bien du mal \u00e0 atteindre une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 parfaite permettant la cr\u00e9ation d\u2019\u00c9tats-nations. Et quand bien m\u00eame on y arriverait, le morcellement qui en r\u00e9sulterait rendrait toute chose impraticable. Faute de grives, on mange des merles. Il faut bien faire avec ce que l\u2019on a. Les limites territoriales sont ce qu\u2019elles sont, des constructions humaines arbitraires. Autant les prendre comme telles et accepter cet \u00e9tat de fait comme point de d\u00e9part de la discussion sur le vivre-ensemble, le \u00ab&nbsp;d\u00e9sir de vivre-ensemble&nbsp;\u00bb comme le pr\u00e9cise Renan. Tout pays abrite une population h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Redessiner les fronti\u00e8res n\u2019y changerait rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Terre, l\u2019espace de vie des \u00eatres humains, est ainsi r\u00e9partie entre \u00c9tats, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s les membres des Nations Unies. Bien d\u2019autres institutions internationales ont fleuri au cours du\u00a0xx<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, au sein desquelles des pays ont mis en commun une partie de leur pouvoir militaire, politique, juridique, \u00e9conomique, mon\u00e9taire, sanitaire, environnemental ou social. On pense bien entendu \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, mais on peut \u00e9galement citer l\u2019Organisation mondiale du commerce ou l\u2019Organisation du Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord (OTAN). Certains y d\u00e9noncent un transfert ou une perte de souverainet\u00e9 des \u00c9tats, car de tels accords grignotent l\u2019ind\u00e9pendance de ces derniers, portant atteinte \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination de leurs citoyens. Je pr\u00e9f\u00e8re y voir sa mutualisation par la mise en commun de comp\u00e9tences nationales g\u00e9r\u00e9es collectivement. En v\u00e9rit\u00e9, ce d\u00e9bat de la souverainet\u00e9 gravite principalement autour de deux questions techniques, celle du r\u00e8glement des diff\u00e9rends et celle de la l\u00e9gitimit\u00e9 des dirigeants. Le chapitre 5 est enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re. Quant \u00e0 la premi\u00e8re, elle peut se r\u00e9sumer \u00e0 cette interrogation\u00a0: qui d\u00e9cide qui a raison lors d\u2019un contentieux\u00a0? Car tel est le pouvoir ultime d\u2019un \u00c9tat souverain, au-del\u00e0 de sa pr\u00e9rogative fondamentale de fixer les r\u00e8gles de vie en soci\u00e9t\u00e9\u00a0: trancher les d\u00e9saccords et imposer son verdict par la contrainte ou la force si n\u00e9cessaire. Lorsque des gouvernements s\u2019accordent pour fonder une organisation internationale et pour l\u2019habiliter \u00e0 r\u00e9gler des diff\u00e9rends \u00e0 leur place, ils la dotent d\u2019instances internes \u00e0 qui ils transf\u00e8rent en pratique une partie de leur pouvoir. C\u2019est notamment le cas de la Cour de justice de l&rsquo;Union europ\u00e9enne dont les juges, deux par \u00c9tat, sont nomm\u00e9s d\u2019un commun accord par les gouvernements nationaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En partageant la surveillance des organes amen\u00e9s \u00e0 trancher les litiges, la souverainet\u00e9 des pays membres est mutualis\u00e9e, chacun en perdant un peu en substance, mais en recevant en contrepartie un peu de celle des autres. Mais si l\u2019on se place un peu plus en hauteur, non pas en regardant au niveau de chaque pays, mais de celui de l\u2019organisation elle-m\u00eame, on y verra un collectif neuf plus large. Les souverainet\u00e9s nationales mises en commun en forment une plus grande, qui gagne sa l\u00e9gitimit\u00e9 lorsque les citoyens arrivent \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 cette sorte de nouvel \u00c9tat supranational. Une personne peut concevoir sa citoyennet\u00e9 comme une combinaison de plusieurs, chacune \u00e0 un niveau diff\u00e9rent, sa ville ou sa commune natale, sa r\u00e9gion, son pays, et les diverses instances internationales. On peut \u00eatre \u00e0 la fois Catalan, Espagnol et Europ\u00e9en, ou Californien, Am\u00e9ricain et un partisan convaincu du r\u00f4le primordial de l\u2019OTAN pour la d\u00e9fense de sa patrie. L\u2019Union europ\u00e9enne a construit, avec l\u2019aval des gouvernements, sa propre existence politique et administrative, une l\u00e9gitimit\u00e9 et une souverainet\u00e9 relatives, ainsi qu\u2019un territoire auquel son image est attach\u00e9e, en superposition avec ceux de ses pays membres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le concept d\u2019\u00c9tat peut s\u2019\u00e9tendre dans deux directions. Vers le plus grand, le stade terminal correspondant \u00e0 une hypoth\u00e9tique conf\u00e9d\u00e9ration plan\u00e9taire de toutes les Nations. Et \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, vers le plus petit, en appliquant les principes de subsidiarit\u00e9 et de d\u00e9centralisation, comme les\u00a0<em>Bundesl\u00e4nder<\/em>\u00a0en Allemagne, eux-m\u00eames divis\u00e9s en\u00a0<em>Kreis<\/em>\u00a0(arrondissements). Les communes forment des sortes de mini-\u00c9tats, car elles r\u00e9pondent tr\u00e8s largement \u00e0 sa d\u00e9finition. Ce sont bien des entit\u00e9s politiques, dirig\u00e9es par des repr\u00e9sentants \u00e9lus d\u00e9mocratiquement et qui d\u00e9tiennent sur un territoire donn\u00e9 un pouvoir institutionnalis\u00e9, cependant limit\u00e9 \u00e0 certaines comp\u00e9tences. C\u2019est cette limitation qui pourrait nous emp\u00eacher de les voir comme des \u00c9tats, mais ce ne devrait plus \u00eatre le cas. Les institutions politiques et administratives d\u2019un pays n\u2019ont \u00e9galement plus la mainmise sur toutes les comp\u00e9tences nationales, puisque certaines sont mutualis\u00e9es \u00e0 un rang politique plus \u00e9lev\u00e9 \u00e0 cause de leur soumission volontaire \u00e0 des accords internationaux. <strong>La souverainet\u00e9 des peuples n\u2019est plus en relation biunivoque avec les \u00c9tats<\/strong>. Elle est constitu\u00e9e d\u2019un enchev\u00eatrement complexe de degr\u00e9s multiples de pouvoirs, de repr\u00e9sentations diverses, d\u00e9mocratiques ou non, et de sentiments d\u2019appartenance communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce jeu des couches de l\u2019oignon institutionnel, c\u2019est sans doute la Belgique qui a gagn\u00e9 le pompon. Un Belge est confront\u00e9 \u00e0 de nombreuses strates \u00e9tatiques\u00a0: la commune, la Province (sauf les Bruxellois), la Communaut\u00e9, la R\u00e9gion, la Belgique, le Benelux et l\u2019Union europ\u00e9enne. Cette multicitoyennet\u00e9 et la mutation de la souverainet\u00e9 en co-souverainet\u00e9 ont fondamentalement fait \u00e9voluer les notions d\u2019\u00c9tat et de Nation. J\u2019\u00e9tends donc dans cet essai le concept d\u2019\u00c9tat tant vers le plus grand, en y englobant par exemple l\u2019Union europ\u00e9enne, mais aussi vers le plus petit, en y ajoutant les r\u00e9gions, les communes, et pourquoi pas les syndics de copropri\u00e9t\u00e9. En cons\u00e9quence, <strong>la d\u00e9finition d\u2019\u00c9tat ne se limite pas ici \u00e0 celle commun\u00e9ment admise de pays. Elle inclut tous les types d\u2019organisations politiques exer\u00e7ant une certaine autorit\u00e9 sur un territoire donn\u00e9, des Nations-Unies aux kibboutz et aux \u00ab\u00a0zones \u00e0 d\u00e9fendre\u00a0\u00bb (ZAD). <\/strong>Chacun de nous vivant ainsi dans une superposition d\u2019\u00c9tats, la citoyennet\u00e9 ne peut correspondre \u00e0 une entit\u00e9 unique et indivisible. Cette multiplicit\u00e9 d\u2019identit\u00e9s juxtapos\u00e9es s\u2019intensifie encore plus lorsque l\u2019on consid\u00e8re le brassage des populations sans cesse croissant. Pour les expatri\u00e9s et plus particuli\u00e8rement pour leurs enfants, les combinaisons deviennent bien plus vari\u00e9es et complexes. Une personne install\u00e9e \u00e0 Agen peut \u00eatre malienne, fran\u00e7aise et europ\u00e9enne \u00e0 la fois. Et si elle a grandi \u00e0 Barcelone, elle aimerait probablement aussi se pr\u00e9senter en tant que Barcelonaise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pouvoir politique, en tant que miroir structurant de ce constat que la citoyennet\u00e9 est fractionn\u00e9e en strates, se d\u00e9construit par transposition directe en couches multiples. Du reste, cette fragmentation s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 de la simple question identitaire. Par exemple, en Belgique, les zones locales et la police f\u00e9d\u00e9rale assurent ensemble les services de police int\u00e9gr\u00e9e, tout en restant autonomes et soumises \u00e0 des autorit\u00e9s distinctes. Chaque zone, qui couvre une ou plusieurs communes, y est souveraine et responsable pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens, le maintien de l\u2019ordre et autres fonctions de police, et en m\u00eame temps, la police f\u00e9d\u00e9rale l\u2019est \u00e9galement sur ce m\u00eame territoire, mais pour les missions trans- et supralocales. Les avantages de cette tranche napolitaine sont ind\u00e9niables. Bien entendu, faire fonctionner correctement un tel agencement hybride peut parfois se r\u00e9v\u00e9ler compliqu\u00e9, mais ce le serait encore plus sans la vue d\u2019ensemble que permet le niveau national. Quant \u00e0 un syst\u00e8me sans forces locales, la distance entre la gouvernance polici\u00e8re et les citoyens serait \u00e9norme avec des cons\u00e9quences potentiellement dramatiques pour la coh\u00e9sion sociale et le respect des lois et des libert\u00e9s. Cet exemple illustre parfaitement la pluri dimensionnalit\u00e9 du pouvoir, bien utile, mais n\u00e9cessitant une coordination et une collaboration efficaces, tant verticalement entre gouvernance locale et globale qu\u2019horizontalement entre entit\u00e9s autonomes de m\u00eame rang. En pratique, les structures qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es au cours du temps et qui fa\u00e7onnent la soci\u00e9t\u00e9, dans tous les domaines tels que socio-\u00e9conomique, judiciaire, m\u00e9dical, \u00e9ducationnel ou environnemental pour ne citer que les plus importants, sont semblablement agenc\u00e9es. Le fait que ces diff\u00e9rents secteurs ne sont pas totalement ind\u00e9pendants entre eux, s\u2019enchev\u00eatrent et se combinent partiellement pour des sujets particuliers, ou s\u2019opposent sur d\u2019autres, ajoute encore \u00e0 <strong>la complexit\u00e9 du caract\u00e8re multiple et morcel\u00e9 du pouvoir politique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas de l\u2019environnement constitue probablement un des plus illustratifs. Vouloir imposer des mesures pour sa protection engendre des questions sociales, \u00e9conomiques, juridiques et morales auxquelles aucune organisation \u00e9tatique ou internationale ne peut pr\u00e9tendre \u00eatre en position de pouvoir y r\u00e9pondre seule. Peut-on porter atteinte \u00e0 certaines libert\u00e9s, telles que la libre circulation pour r\u00e9duire les nuisances et pollutions&nbsp;? Quels impacts sur l\u2019\u00e9conomie&nbsp;? Qui doit financer les mesures n\u00e9cessaires&nbsp;? Comment g\u00e9rer les cons\u00e9quences socio-\u00e9conomiques de la disparition n\u00e9cessaire de secteurs entiers, comme celui des produits p\u00e9troliers&nbsp;? Faut-il criminaliser le non-respect des normes environnementales par les entreprises&nbsp;? Vaudrait-il mieux \u00e9galement freiner le d\u00e9veloppement des pays pauvres&nbsp;? Y r\u00e9pondre exigera une collaboration multilat\u00e9rale de tous les types et de tous les niveaux de pouvoir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te. Car les questions environnementales ne se r\u00e9gleront pas uniquement de mani\u00e8re globale. L\u2019am\u00e9nagement du territoire en particulier ne peut que n\u00e9cessairement \u00eatre g\u00e9r\u00e9 au niveau communal, sous peine de se retrouver dans l\u2019incapacit\u00e9 de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des habitants et des usagers quotidiens contre l\u2019app\u00e9tit f\u00e9roce et insatiable d\u2019entrepreneurs sans scrupules souvent pr\u00eats \u00e0 b\u00e9tonner pour le profit. Mais bien entendu en bonne entente avec les instances nationales, voire internationales, notamment pour les secteurs du transport et de l\u2019\u00e9nergie (autoroutes, lignes ferroviaires, ports, terminaux gaziers, lignes \u00e0 haute tension, parcs \u00e9oliens et photovolta\u00efques, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les relations entre \u00c9tats sont multiples et s\u2019accroissent progressivement, notamment sous la pression du capitalisme sans fronti\u00e8res. Il y aura peut-\u00eatre encore des p\u00e9riodes de repli, telles que celle r\u00e9cente sous la pr\u00e9sidence de Donald Trump, mais la tendance vers un enchev\u00eatrement de plus en plus complexe et mutualis\u00e9 des souverainet\u00e9s semble cependant in\u00e9vitable. Ne sommes-nous finalement pas tous les m\u00eames\u00a0? L\u2019avenir ne tend-il pas inexorablement vers l\u2019union de tous les \u00eatres humains sous une m\u00eame banni\u00e8re\u00a0? La main sur l\u2019\u00e9paule des mondialistes, on ne peut que constater la globalisation, qu\u2019on la d\u00e9sire ou pas. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, de connivence avec les souverainistes, on ne peut \u00e9galement que reconna\u00eetre le bien-fond\u00e9 de la volont\u00e9 des peuples, par l\u2019entremise des \u00c9tats, de rester ma\u00eetres de leur destin. Conserver son mode de vie, notamment ses habitudes vestimentaires, alimentaires et affectives, constitue un droit fondamental de chaque communaut\u00e9. \u00c0 mon avis, la centralisation a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e trop loin dans certains pays et un retour vers plus d\u2019autonomie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale devient une urgence sociale. Quoi qu\u2019il en soit, la globalisation devra s\u2019accommoder des particularismes locaux. <strong>Chaque \u00c9tat se doit, au nom de sa population, de se battre farouchement pour conserver sa souverainet\u00e9, et en m\u00eame temps d\u2019accepter de partager et de cog\u00e9rer une grande partie de ses attributions avec d\u2019autres<\/strong>. Cette tendance \u00e0 la fois vers une d\u00e9centralisation et vers une mutualisation des pr\u00e9rogatives constitue, j\u2019en suis convaincu, une condition n\u00e9cessaire pour promouvoir la d\u00e9mocratie et la cohabitation pacifique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te. <strong>La division du pouvoir en diff\u00e9rents niveaux qui en r\u00e9sulte dresse une barri\u00e8re, certes difficile \u00e0 g\u00e9rer, mais efficace contre toute vell\u00e9it\u00e9 d\u2019autoritarisme<\/strong>. Les d\u00e9bats tr\u00e8s tendus en France o\u00f9 s\u2019affrontent les partisans d\u2019une R\u00e9publique souveraine, surtout en regard des institutions europ\u00e9ennes, et ceux d\u2019un cosmopolitisme transnational sont vides de sens et inaptes \u00e0 d\u00e9gager des r\u00e9ponses aux probl\u00e8mes contemporains. Aucun camp n\u2019a raison en tout et ne pourra, par cons\u00e9quent, imposer son point de vue. La solution r\u00e9side quelque part entre les deux extr\u00eames, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment en leur combinaison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, la fin de ce subtil syst\u00e8me public \u00e0 la fois global et local, vertical et horizontal, construit sur la laborieuse collaboration des \u00c9tats et de ses parties constitutives est \u00e0 nos portes. La privatisation de la justice menace la souverainet\u00e9 des peuples en la transf\u00e9rant dans les mains des capitalistes. Il \u00e9tait originellement pr\u00e9vu que le&nbsp;<em>Comprehensive Economic and Trade Agreement<\/em>&nbsp;(CETA) entre le Canada et les pays membres de l\u2019Union europ\u00e9enne devait former des tribunaux supranationaux ind\u00e9pendants des juridictions nationales aupr\u00e8s desquels les entreprises priv\u00e9es pourraient porter plainte contre une d\u00e9cision d\u2019un de ces \u00c9tats. Ce m\u00e9canisme, appel\u00e9&nbsp;<em>R\u00e8glement des diff\u00e9rends entre les investisseurs et les \u00c9tats<\/em>&nbsp;(RDIE) ou&nbsp;<em>Investor-state dispute settlement&nbsp;<\/em>en anglais (ISDS) permettrait aux entreprises, principalement les grandes multinationales, d\u2019attaquer devant ces tribunaux priv\u00e9s des l\u00e9gislations nationales. Accepter un tel montage juridique, c\u2019est reconna\u00eetre que les int\u00e9r\u00eats des grandes entreprises sont sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des \u00c9tats. En d\u2019autres mots, l\u2019enrichissement des grands actionnaires prend le pas sur le bien-\u00eatre des citoyens ordinaires. Cette d\u00e9cision revient \u00e0 arracher aux peuples leur souverainet\u00e9 et \u00e0 l\u2019offrir sans contrepartie aux grands groupes priv\u00e9s qui y gagnent une large ind\u00e9pendance envers les l\u00e9gislations nationales en les affranchissant \u00e0 bon compte de leur devoir de servir la soci\u00e9t\u00e9 et de se soumettre \u00e0 ses lois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rendons hommage au gouvernement wallon de 2016, dirig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par le socialiste Paul Magnette, qui bloqua cette tentative de soumettre la politique aux imp\u00e9ratifs commerciaux du lib\u00e9ralisme capitaliste sans limites. Mais bl\u00e2mons celui de 2018, conduit cette fois par un lib\u00e9ral, qui a accept\u00e9 d\u2019inclure le syst\u00e8me de RDIE dans d\u2019autres accords, notamment avec le Sultanat d\u2019Oman et le Panama. Conspuons le gouvernement canadien, le Conseil et le Parlement europ\u00e9ens qui s\u2019accord\u00e8rent en 2017 sur l\u2019entr\u00e9e en vigueur du CETA \u00e0 titre provisoire, malgr\u00e9 la d\u00e9cision d\u00e9mocratique wallonne. Regrettons l\u2019inventivit\u00e9 des experts de la Commission qui rhabill\u00e8rent \u00e0 la marge le RDIE en Syst\u00e8me de cour d\u2019investissement (SCI) pour essayer de faire passer une seconde fois la pilule sous un autre nom. Honte aussi \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne dont la Cour de justice en 2019 s\u2019est prononc\u00e9e positivement sur la compatibilit\u00e9 du CETA avec le droit europ\u00e9en. Si ses conclusions sont en effet l\u00e9galement fond\u00e9es, il est alors urgent de r\u00e9viser les diff\u00e9rents trait\u00e9s, directives et lois qui \u00e9tayent sa d\u00e9cision, dans l\u2019optique cette fois de directement d\u00e9fendre l\u2019autod\u00e9termination des citoyens europ\u00e9ens, sous peine de voir, sans ne plus pouvoir s\u2019y opposer, le transfert des pr\u00e9rogatives de l\u2019\u00c9tat, donc du peuple, \u00e0 des entreprises priv\u00e9es \u00e9chappant \u00e0 tout contr\u00f4le d\u00e9mocratique. Car en d\u00e9finitive, la souverainet\u00e9 supr\u00eame et premi\u00e8re d\u2019une communaut\u00e9 s\u2019incarne dans son pouvoir absolu de fixer ses propres r\u00e8gles de cohabitation, de pouvoir les imposer \u00e0 tous ses membres (par la force si n\u00e9cessaire) et de <a href=\"https:\/\/www.liberacite.com\/index.php\/gouverner-cest-punir-justement\/\" data-type=\"page\" data-id=\"168\">trancher en dernier recours lorsqu\u2019un d\u00e9saccord surgit<\/a>. En cons\u00e9quence, <strong>si nous voulons, nous les citoyens, le peuple, nous r\u00e9approprier la libert\u00e9 de d\u00e9terminer comment nous d\u00e9sirons vivre ensemble, la voie incontournable consiste \u00e0 r\u00e9investir et \u00e0 utiliser la seule institution l\u00e9gitime pour d\u00e9finir les normes, obligations et droits, in\u00e9vitablement par la loi, \u00e0 savoir l\u2019\u00c9tat<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le monde tel qu\u2019il est organis\u00e9 et divis\u00e9 en pr\u00e8s de deux cents pays, au moins un \u00c9tat accorde \u00e0 chaque enfant sa nationalit\u00e9 \u00e0 la naissance, \u00e0 quelques millions d\u2019exceptions malheureuses pr\u00e8s. Cette appartenance \u00e0 une nation, n\u2019en d\u00e9plaise aux mondialistes, constitue non seulement un fait indiscutable, mais \u00e9galement un droit, fortement prot\u00e9g\u00e9 par la loi de nombreux \u00c9tats et reconnu par l\u2019article 15 de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme de 1948 \u00ab\u00a0Tout individu a droit \u00e0 une nationalit\u00e9\u00a0\u00bb mis en \u0153uvre par les deux conventions de 1954 et de 1961 sur la lutte contre l\u2019apatridie. Il n\u2019est pas aussi ais\u00e9 d\u2019en d\u00e9choir un citoyen ind\u00e9sirable que de remercier un employ\u00e9. C\u2019est ce que Donald Trump en tant que pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis n\u2019a pas compris, n\u2019a pas voulu comprendre ou a ignor\u00e9 savoir. Quelle que soit sa raison, le r\u00e9sultat est le m\u00eame. On ne crie pas \u00e0 un citoyen \u00ab\u00a0you\u2019re fired\u00a0\u00bb, sans se demander o\u00f9 il devrait alors se rendre et quel serait son statut social. Le bannissement et l\u2019exil ne sont possibles que s\u2019il existe un ext\u00e9rieur \u00e0 la Cit\u00e9, hors de la loi des humains. Un tel\u00a0<em>no man\u2019s land<\/em>\u00a0existait dans l\u2019antiquit\u00e9 pour les Grecs et les Romains, mais plus maintenant. La mani\u00e8re de g\u00e9rer la chose publique et une entreprise s\u2019av\u00e8re donc tr\u00e8s diff\u00e9rente. En fait, c\u2019est le parfait oppos\u00e9. Le secteur priv\u00e9 embauche ou limoge au gr\u00e9 des besoins de la comp\u00e9titivit\u00e9, dans l\u2019objectif unique de maximiser la r\u00e9mun\u00e9ration des actionnaires. Si un salari\u00e9 n\u2019est pas d\u2019accord avec la direction, il n\u2019a qu\u2019\u00e0 aller \u00e0 la concurrence, changer de m\u00e9tier, ou rester et se taire. Du point de vue des employeurs, la sauvegarde de la rentabilit\u00e9 justifie r\u00e9guli\u00e8rement la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart, parfois massive, d\u2019employ\u00e9s jug\u00e9s superflus. Un manager qui garderait dans son \u00e9quipe quelqu\u2019un d\u2019incomp\u00e9tent, de malhonn\u00eate, d\u2019inadapt\u00e9 ou pr\u00e9sentant un autre type de tare professionnelle, apr\u00e8s lui avoir propos\u00e9 des formations, du coaching ou toute autre m\u00e9thode destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9soudre son probl\u00e8me, commettrait une faute. En politique, il faut s\u2019accommoder de telles personnes. Mieux, il faut essayer de les aider. Un gouvernement doit s\u2019occuper de tous les habitants du pays, tous sans exception. <strong>C\u2019est justement de la mani\u00e8re dont les plus d\u00e9munis (ch\u00f4meurs, malades, handicap\u00e9s, sans-abri, d\u00e9tenus, personnes isol\u00e9es, enfants, personnes \u00e2g\u00e9es) sont trait\u00e9s que l\u2019on peut mesurer le succ\u00e8s ou l\u2019\u00e9chec de la politique<\/strong> mise en place. Exclure une femme ou un homme de la soci\u00e9t\u00e9 est impossible, sauf peut-\u00eatre en lui enlevant la vie. Et encore, m\u00eame morte, une personne reste une personne dans la m\u00e9moire et le c\u0153ur de celles et ceux qui l\u2019ont connue de pr\u00e8s ou de loin. Albert Einstein est encore un \u00eatre humain, en quelque sorte. Je crois que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 s\u2019accorderait sur le fait qu\u2019une personne n\u2019est pas qu\u2019un animal, et qu\u2019elle n\u2019est certainement pas une plante ou un objet, m\u00eame si sa r\u00e9ification par le capitalisme nous en menace. Face \u00e0 cette \u00e9ventualit\u00e9, il est important de rappeler l\u2019\u00e9vidence de l\u2019immuabilit\u00e9 de la nature humaine et l\u2019obligation \u00e9thique ou ontologique (\u00e0 vous de choisir) du pouvoir politique de s\u2019en soucier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>18 juin 2026(extrait du livre \u00ab\u00a0Lib\u00e9racit\u00e9\u00a0\u00bb. 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